AAEN-CI
Action pour l'Avenir de l'Environnement Naturel - Côte d'Ivoire
Fondation indépendante à but non lucratif, laïque et apolitique 
BP 129    BINGERVILLE   Côte d'Ivoire

Alerte

Une pépinière partenaire de la Fondation AAEN-CI détruite.
Bingerville en proie au saccage systématique. Des spécimens botaniques rares et uniques encore mis en danger !  
 
Bingerville, c'est un peu comme la Mecque de la botanique en côte d'Ivoire. Mais au nom du soi-disant développement et du béton roi, des crimes environnementaux y sont régulièrement perpétrés, avec l'aval des autorités. Ainsi, depuis plusieurs années le jardin botanique ne remplit plus le rôle que la précédente équipe avait tenté de lui redonner sous la férule du Capitaine Mathias n’Dri. Depuis la mise en place d'une direction incompétente, inconsciente et irresponsable, le jardin est fermé au public, et a perdu tout intérêt aussi bien au niveau botanique, les nombreux spécimens de végétaux dignes d'intérêt ou uniques, voire en voie de disparition, ayant été exterminés sans état d'âme, qu'au plan touristique. Nous ne comptons plus les visiteurs nationaux et internationaux qui sont déçus de constater qu'ils ne peuvent plus venir ici pour prendre un bol d'air frais et écouter les explications savantes de quelque jeune botaniste dont la science et la passion surpassaient largement la modeste rémunération.  
Plus loin, des arbres remarquables ont été supprimés privant la localité d'ombre et de fraîcheur salutaires. D'autres parcelles qui ont porté les expériences d'introductions végétales en Côte d'Ivoire ont été détruites avec acharnement pour y créer des installations d'intérêt douteux, ou du moins, qui auraient pu bénéficier d'une localisation plus respectueuse de l'environnement et de la mémoire, voire de l'âme de la commune
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La dernière victime de ces agissements porteurs de béton et de réchauffement climatique est une petite pépinière sise à un coin de rue, et qui occupait quelques mètres carrés du terrain de l’Inspection de l’Enseignement Primaire de Bingerville, concédés en 1997 par l'inspecteur de l'enseignement primaire de l’époque, qui y voyait un moyen d'embellir à bon compte ce coin qui, sans cela, aurait servi de dépotoir. Aussi, en contrepartie de la réalisation de quelques haies de Ficus autour du terrain de l’institution, la pépinière a pu s'installer et mettre en place une jolie collection de végétaux d'ornement et plus, grâce aux efforts d'un jeune jardinier travailleur et qualifié, et est devenue partenaire de la Fondation AAEN-CI pour la sauvegarde de plantes endémiques en situation de grave menace.  
Depuis quelques temps, on sentait bien que l'inspecteur (qui a changé entretemps), se serait volontiers débarrassé de cet occupant qu'il considérait comme inutile, voire nuisible, et avait tenté à maintes reprises de lui extorquer quelques fonds au titre d'un supposé loyer ou de redevances d'eau. Un avertissement sévère est venu lorsque le caniveau qui séparait la pépinière de la voie bitumée a été remplacé par une canalisation enterrée. Ce caniveau à l'air libre écoulait des rejets d'eau de la Sodeci et le pépiniériste y puisait de quoi arroser ses semis et plantations qui prospéraient. On prétendait qu'il fallait enterrer urgemment ces eaux de surface qui présentaient un risque pour l'hôpital tout proche. Mais il nous paraissait tout aussi clair que les populations qui fréquentent l'établissement ont des tas d'autres motifs d'y contracter des infections ou des parasitoses, car cette eau était propre et claire et, compte tenu de la forte pente, elle ne stagnait pas et ne constituait pas une nurserie de moustiques. Mais non seulement les gros tuyaux de béton stockés pendant plusieurs semaines et les travaux réalisés sans ménagement en mai 2015 par des engins lourds ont causé beaucoup de dégâts, détruit des végétaux et volontairement ou non, réduit la surface utile au bord de la route, mais en plus, ils ont privé la pépinière de sa source d'eau, rendant son exploitation plus difficile. 

Action pour l'Avenir de l'Environnement Naturel
Côte d'Ivoire

BP129   BINGERVILLE  - COTE D'IVOIRE
Puis l'inspecteur a cherché à annexer la surface de la pépinière à ce qui servait à moitié de terrain de jeu et de dépotoir, notamment en encourageant les élèves à aller taper le ballon en lisière des plantations, causant de nouveaux dégâts.

Mais le pire est arrivé ce vendredi 21 octobre funeste, où des engins sont venus anéantir tout ce qui était sur ce terrain. Toutes les plantations qui poussaient en pleine terre, dont de nombreux pieds-mères, des pots de fleurs, des outils, des plants de toutes tailles, la réserve de compost, ont été soigneusement écrasés. La couche superficielle de terre cultivable a été arasée, en un mot ce bout de terrain fertile a été transformé en lieu de désolation. La belle haie de Ficus qui bordait l'une des voies adjacente a été en majeure partie détruite. Les grands manguiers, qui donnaient de l'ombre et supportaient des épiphytes, Philodendron et Syngonium, ont été coupés à ras de terre pour qu'ils n'aient jamais aucune chance de repousser. De cet épouvantable massacre, des plantes en sachets et en pots ont pu être sauvées… du moins provisoirement. Parmi elles, plusieurs spécimens très précieux d'espèces menacées qu'on tentait de sauvegarder, des plants destinés à la reforestation et de rares épiphytes, orchidées et tillandsias sont gravement mis en danger. Bref, c'est encore une partie de l'histoire de Bingerville et de son patrimoine botanique qui vient de disparaître par la désinvolture de certaines autorités. Autant dire qu'à l'approche des élections locales, ça fait plutôt mauvais effet... 
En lisière sud de la pépinière, un vénérable manguier supporte diverses plantes épiphytes, dont un vigoureux philodendron panaché (25 avril 2015)
Aspect de la pépinière en mai 2016. Un espace vert et rafraîchissant, où il fait bon s’abriter parmi les plantes fleuries quand le soleil tape fort !
Le même point de vue, le 24 octobre 2016. On peine à croire qu’il s’agit du même lieu. Un Ficus de la haie du fond a pu miraculeusement échapper au massacre.
Des jeunes plants de cailcedra (Khaya senegalensis) de la Fondation AAEN-CI obtenus par semis à la pépinière (30 mai 2015)
Des jeunes plants de makoré (Tieghemella africana) de la Fondation AAEN-CI obtenus par semis à la pépinière (30 mai 2015)
On se doutait bien que cet espace de travail était menacé. Mais il ne s'agissait pas d'occupation de l'espace public qui entrave la circulation comme on voit au bord des routes. De tels commerces existent à deux pas de la pépinière et ne semblent pas gêner autant. D’ailleurs, les plantes ont été déplacées et occupent désormais le trottoir des deux côtés de la rue, et deviennent donc vulnérables à ce titre, car exposées aux dégradations, au déguerpissement comme on en voit souvent, et il devient difficile de les arroser comme elles demandent. 

sélection de boutures d’hibiscus à feuillage panaché à la pépinière. A gauche, Yves Michel Niongui, à droite, le jardinier exploitant la pépinière.
Mais ce qui est inadmissible, c'est la méthode employée, consistant à faire venir des engins lourds capables de tout détruire en quelques minutes, un vendredi matin à un moment où on est sûr que personne ne sera présent sur le terrain, sans s'inquiéter de la valeur de ce qu'il recèle en termes de trésor pour la biodiversité, pour la planète et pour la Côte d'Ivoire. Dernier prétexte invoqué : les épais feuillages dissimuleraient des malfrats. Foutaises ! Malheureusement, en l’occurrence, les véritables malfrats ne sont pas ceux qu’on pense, et ils opèrent en plein jour !
Vue générale du terrain le 24 octobre 2016. Le sol a été mis à nu sur une bonne partie. Au fond, le bâtiment de l’Inspection
Des personnes rencontrées ce lundi 24 octobre sur le terrain nous ont affirmé que l’opération a été menée en vue de la construction d’une école maternelle, et que l’occupant des lieux aurait été prévenu de longue date. Nous voulons bien le croire partiellement, car le déménagement d’une partie des plantes en pots et sachets demandait du temps et n’a pas pu se faire dans l’extrême précipitation, mais nous n’avions jamais entendu parler d’un tel projet, sinon nous aurions pris des précautions pour sauvegarder cette exploitation.  
Des plantes en pots et en sachets, dont plusieurs spécimens très précieux, se trouvent désormais sur le trottoir, où elles ne peuvent bénéficier de tous les soins nécessaires… (24 octobre 2016)
Des personnes rencontrées ce lundi 24 octobre sur le terrain nous ont affirmé que l’opération a été menée en vue de la construction d’une école maternelle, et que l’occupant des lieux aurait été prévenu de longue date. Nous voulons bien le croire partiellement, car le déménagement d’une partie des plantes en pots et sachets demandait du temps et n’a pas pu se faire dans l’extrême précipitation, mais nous n’avions jamais entendu parler d’un tel projet, sinon nous aurions pris des précautions pour sauvegarder cette exploitation.  
Détruire une zone verte de plus pour bétonner, ce qui devient vraiment « too much » à Bingerville, envahie par des programmes de logements prétendus sociaux dont les bâtiments à touche-touche ne laissent même pas l’air circuler entre eux, et encore moins la place pour y mettre un peu de verdure pour assainir l’atmosphère, au moment même où on n’a que le mot « développement durable » à la bouche, et où on nous bassine avec des niaiseries du genre « agriculture zéro déforestation », ça montre bien l'incompétence et l’inconséquence de nos autorités en matière d'environnement et tout le travail qui reste à accomplir au niveau de l'éducation et de la sensibilisation au respect et à la protection de la nature. Avec de telles pratiques, les COP21, COP22 et autres grandes messes solennelles, ce n'est que du vent. L'avenir de Bingerville, c'est la désertification sur le terrain et le vent de sable dans les cervelles des élèves et surtout de ceux qui les inspectent...