AAEN-CI
Action pour l'Avenir de l'Environnement Naturel - Côte d'Ivoire
Fondation indépendante à but non lucratif, laïque et apolitique 
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Quoi de 9 ? 

Le scandale du carburant toxique nous concerne-t-il ?

Soulevée par l’ONG suisse Public Eye (issue de la déclaration de Berne de 1968), l’affaire s’est concrétisée par un joli coup médiatique et un certain émoi, tant dans l’opinion que dans les sphères politiques. 
Le rapport sulfureux au propre comme au figuré de cette ONG helvétique démontre que certains grands négociants en produits pétroliers exportent depuis de très nombreuses années avec profit vers l’Afrique de l’Ouest des carburants Diesel qualifiés de « qualité africaine », peu compatibles avec la santé des populations, notamment en raison d’une teneur en soufre hors normes et d’additifs peu recommandables. .  

Publié le 15 septembre, le rapport a été repris par le journal français « Le Monde » de la même date et largement diffusé sur les réseaux sociaux, directement ou sous forme de commentaires. Parmi les sociétés incriminées, on compte notamment la fameuse Trafigura, dont ce n’est pas le premier cadeau empoisonné qu’elle aurait fait à la Côte d’Ivoire ! 
Il fait état de teneurs en soufre, mesurées sur des prélèvements réalisés dans 8 pays africains (Angola, Bénin, Congo-Brazzaville, Ghana, Côte d’ivoire, Mali, Sénégal et Zambie), supérieures à 1 500 ppm (parties par millions), soit 0,15 %, Avec une teneur record de 3 780 ppm au Mali (0,378 %), alors que La limite est de 10 ppm (soit 0,001 %) en Europe, aux Etats-Unis et même en Chine, à compter de 2017.  
Au-delà de l’indignation qui prévaut dans les pays « développés », le tollé et les démentis ne se sont pas fait attendre en Côte d’Ivoire. 

On a beau nous raconter tout et n’importe quoi pour tenter de nous « enfumer », la réalité est là : on se demande ce que les propriétaires de véhicules peuvent bien mettre dans leur réservoir pour dégager une telle fumée noire, épaisse et à l’odeur âcre (photo NON TRUQUEE, NON RETOUCHEE, prise sur l’autoroute du Nord à la hauteur de Yopougon le 4 avril 2016)
Dès le lendemain, l’AFP publiait un communiqué selon lequel une ONG a affirmé le vendredi 16 septembre à Abidjan que la Côte d'Ivoire, un des débouchés des carburants toxiques exportés en Afrique, peut jouer un "rôle moteur" dans une campagne visant à débarrasser le continent du "dirty diesel" : "La Côte d'Ivoire est un pays important pour la campagne contre le +dirty diesel+", a déclaré Patrice Guéi, secrétaire du Groupe de recherche et de plaidoyer sur les industries extractives (GRPIE). Le lendemain, le quotidien d’état « Frat-Mat » tentait d’obtenir une réaction du Ministère concerné, mais admettait, sous la plume de David Ya, dans des circonvolutions quelque peu embarrassées : 
« Le ministre du Pétrole et de l’énergie étant absent d’Abidjan, aucune réaction n’a été obtenue de son cabinet, et de ses démembrements concernés par ce sujet. Mais une source du milieu pétrolier ivoirien a indiqué que la totalité du carburant vendu à la pompe en Côte d’Ivoire est raffiné par la Sir à Abidjan. Cette entreprise qui a su se relever des périodes difficiles qu’elle a connues, a une capacité de production largement au-dessus de la demande nationale. 
En revanche, des sociétés pétrolières dont les filiales des groupes suisses mis en cause peuvent importer du produit raffiné et l’exporter dans des pays en fonction des normes qui y sont admises. 
Concernant la toxicité des produits mis sur le marché par la Sir, l’expert en pétrole explique que les normes utilisées par la Raffinerie ivoirienne sont conformes à celles admises en Afrique, même si elle est en dessous de celles appliquées en Europe ».
Quoiqu’il en soit, les sociétés pétrolières comme les autorités peuvent continuer à nous « enfumer » à volonté et soit commercialiser des produits hors normes, soit maintenir des normes laxistes ou faire grâce aux négociants (moyennant on ne sait quelle « faveur ») de contrôles trop contraignants, car la toxicité des gaz d’échappement n’est pas « aigue » (on ne tombe pas raide mort immédiatement après avoir respiré des fumées trop riches en oxydes de soufre, d’azote et de particules fines). Au contraire, elle est lente et insidieuses et ne se manifeste clairement par des effets graves sur la santé qu’au bout de longues années d’exposition et dans les préoccupations gouvernementales qu’aux termes de décennies d’études épidémiologiques approfondies. Il s’agit donc d’un problème de santé publique potentiellement explosif, qu’on ne découvrira que dans quelques années ou décennies, avec une forte recrudescence de troubles respiratoires (asthmes, pneumonies, cancers du poumon, insuffisances respiratoires, maladies cardiovasculaires…), désordres sanitaires qu’on impute généralement à la vieillesse ou à la fatigue (pour l’asthme des jeunes, ça devient plus difficile à expliquer …), et dont les épisodes les plus meurtriers apparaîtront lors des périodes de fortes chaleurs. Le cynisme des pollueurs internationaux restera donc lucratif pendant longtemps !  

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