AAEN-CI
Action pour l'Avenir de l'Environnement Naturel - Côte d'Ivoire
Fondation indépendante à but non lucratif, laïque et apolitique 
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Quoi de 9 ? 

La dégradation des routes menace gravement l’environnement et le tourisme ivoirien

En Côte d’Ivoire, depuis quelques temps, l’état des routes n’est pas reluisant. En dehors de quelques axes emblématiques tels que l’autoroute du nord entre Abidjan et Yamoussoukro, les routes mal conçues, mal réalisées et pas entretenues sont dans un état qui interdit les déplacements à une vitesse normale et pose des problèmes inquiétants pour la sécurité des voyageurs.
D’importants investissements ont été consentis ces dernières années pour quelques sections de rocades abidjanaises, quelques kilomètres d’autoroute entre Port-Bouët et Grand-Bassam (Moossou), des rond- points aussi inutiles que pléthoriques et accidentogènes à Cocody, et les annonces de futurs ponts et échangeurs à Abidjan fleurissent abondamment, mais l’intérieur du pays et certains grands axes stratégiques reliant des grandes villes semblent à l’abandon, malgré leur état qui constitue une véritable honte pour le pays et un handicap considérable pour le développement des villes desservies. Il en est ainsi de la Côtière, axe très fréquenté qui relie les deux plus grands ports de Côte d’Ivoire, Abidjan et San Pedro, et s’étend d’est en ouest entre les frontières ghanéenne et libérienne en reliant d’importantes villes que sont Dabou, Grand Lahou, Fresco, Sassandra et Tabou. 
La route est correcte entre Dabou et Grand Lahou, mais au-delà, le bitume est décapé sur de grandes sections et présente des cratères vastes et profonds, qui obligent à louvoyer pour éviter la casse et les éclatements de pneus, forcent souvent à rouler à gauche, avec le risque de collision avec des véhicules qui viennent en face. La partie utilisable de la voie est réduite dans le meilleur cas à une étroite piste, dans le pire des cas elle est inexistante, et il vaut mieux rouler sur le bas-côté, lorsqu’il est stable. Bien entendu, il faut parfaitement connaître la route et ses moindres reliefs, et parfaitement maîtriser le véhicule. Selon la météo, On a le choix entre la poussière par temps sec ou la boue par temps de pluie, avec le risque de mettre les routes dans un cratère trop profond ou de s’embourber. Ces derniers temps, nous avons parcouru plusieurs fois l’itinéraire et constaté que la forte pluviométrie du mois d’octobre a eu des conséquences désastreuses, avec une dégradation très nette de la situation, notamment au niveau des forêts classées (Dogodou, Port Gauthier, Dassioko).  
Bizarrement, cette situation qui met à mal l’économie des villes côtières n’affole personne. Les poids lourds se jouent des obstacles et circulent, lentement, certes, mais sans trop de difficultés. Il y a des accidents spectaculaires (véhicules surchargés et déséquilibrés qui se couchent au passage d’une ornière trop profonde, ou qui glissent dans le ravin pour avoir surestimé la stabilité du bas-côté…), mais les principales nuisances comme les lourds camions de la mine de manganèse de Lauzoua poursuivent leur noria sans aucune gêne. 

Aspects de la Côtière entre Sassandra et San Pedro (photos prises le 08 mai 2017)
La localisation des zones les plus dégradées, qui, apparemment, ne constituent pas un problème majeur pour les engins et grumiers, nous interpelle et semble représenter une indication plus qu’une simple coïncidence : cette situation profite clairement aux destructeurs des forêts classées. De là à imaginer que cette situation pourrait être voulue, voire suscitée ou entretenue par certains, il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas aussi allègrement, mais il est un fait qu’on croise toujours autant de grumiers sur cet itinéraire… 
Aspect de la Côtière entre Sassandra et San Pedro (photo prises le1er octobre 2017)
Un des responsables et bénéficiaires de l'état des routes, près de San Pedro (photo prise le6 mai 2017)
Le bilan est simple : Pour rallier Sassandra au départ d’Abidjan, soit 280 km, il faut compter 7 heures de route (9 novembre 2017), une heure de plus qu’à la fin de septembre. Le trajet entre Sassandra et Grand Lahou (environ 150 km) demande environ 5 heures par temps sec (15 novembre 2017). La section entre Sassandra et San Pédro (75 km) est encore pire (compter 4 heures).
Aspect de la Côtière entre Sassandra et San Pedro, après quelques jours de pluie (photos prises le 09 novembre 2017)
La solution adoptée par les professionnels, en particulier les compagnies de bus, pour le trajet Abidjan-San Pédro, consiste à faire le grand tour par l’intérieur du pays (Tiassalé-Divo-Lakota-Gagnoa-Soubré-Méagui), au prix de plusieurs centaines de kilomètres supplémentaires (donc un risque d’accident accru), et un gain de temps qui n’est pas toujours évident. Il est vrai que l’itinéraire est en meilleur état et présente un avantage psychologique considérable : on a le sentiment d’avancer (il y a en particulier 100 km d’autoroute du nord), mais la contrepartie est que cette route fortement sollicitée commence à souffrir par endroits des mêmes problèmes que la Côtière, à savoir la formation de nids de poule, voire d’autruche, et la nécessité de louvoyer entre les trous. C’est même plus dangereux, car les trous apparaissent de manière isolée sur certaines sections rapides, obligeant à de brusques coups de volant ou à des face à face soudains entre véhicules roulant à vive allure sur l’étroite partie utilisable de la chaussée. On l’aura compris, cet itinéraire dévié n’est qu’un pis-aller et ne pourra pas perdurer très longtemps. 
Qui plus est, l’itinéraire ne constitue une solution que pour San Pédro. De ce fait, Sassandra et Fresco sont virtuellement isolées. Les conséquences se manifestent clairement par la désaffection des touristes, les hôteliers qui voyaient une clientèle dominicale régulière se constituer (comme à Grand Lahou, qui n’est qu’à 2 heures d’Abidjan) constatent la disparition de ces courts séjour. La clientèle diminue globalement et se limite désormais à des gens qui ne peuvent pas faire autrement (séjours professionnels) ou des gens excessivement motivés et un peu fous dans notre genre. On l’aura compris, c’est tout le tissu économique de la région qui souffrent, et les promoteurs du développement touristique qui se posent des questions quant aux résultats concrets de leurs efforts. Les populations souffrent et supportent mal une situation qui s’éternise.  
Aspect de la Côtière entre Sassandra et San Pedro : il faut parfois s'arrêter pour évaluer la situation ! (photo prises le 09 novembre 2017)
Il devient urgent d’agir pour remédier à cet état de choses très dommageable, qui suscite un sentiment d’abandon et l’impression que seule Abidjan compte en Côte d’Ivoire.Et ne parlons pas du bilan carbone de ces détours inutiles et de ces kilomètres laborieusement parcourus à petite vitesse et fort régime moteur (on préfère aller se pavaner à grands frais à la COP23 et y mendier des crédits « verts » en occultant la fumée noire des véhicules à la peine…), ni des conséquences fâcheuses sur la mécanique de l’échauffement excessif des moteurs et des accidents de terrain souvent spectaculaires. 
Il reste quand même quelque espoir, même si la visibilité est encore floue. On parle régulièrement d’un projet d’autoroute, mais sans que les détails sur la nature exacte du projet, son avancement, son échéancier, soient connus. Cela s’apparente à un serpent de mer, à une rumeur, mais on a toujours un certain espoir. Ce qui est plus sûr, c’est que la Côte d’Ivoire a été retenue pour l’organisation de la CAN 2020, et que San Pédro est l’un des sites d’accueil de la compétition. Son aéroport est actuellement fermé pour travaux (réfection de la piste), et on imagine facilement que l’accès par la route sera lui aussi remis en état pour la compétition. Tout le problème est de savoir si une telle attente est supportable. 
Routes ivoiriennes : l’enfer du far West
Le summum de la route infernale se trouve pour nous dans le grand ouest, en l’occurrence tout au long de la route qui longe le fleuve Cavally et la frontière libérienne, entre Guiglo et Tabou. Nous avons parcouru cette route en mai 2017 équipés d’un véhicule 4x4 afin d’évaluer l’accès au Parc National de Taï et la viabilité d’un circuit touristique intégrant la visite de ce parc. Nous avons donc effectué dans un premier temps le trajet d’Abidjan à Taï, ce qui nous a pris toute une journée. Il faut bien le dire, l’état de la route après Guiglo, notamment entre Zagné et Taï nous avait déjà refroidis, mais nous ne savions pas encore ce qui nous attendait !
Etat caractéristique de la route de l'ouest entre Taï et Djiroutou. Même les deux roues ont des difficultés pour passer ! (photos prises le 07 mai 2017)
Scènes de la vie quotidienne sur la route du Far West entre Taï et Djiroutou. Les camions s'embourbent ou hésitent à se lancer (photos prises le 07 mai 2017)
En effet, notre plan était de partir de bon matin de Taï, après y avoir passé une nuit (et l’hôtellerie-restauration de la ville s’est révélée totalement dissuasive), pour gagner Djiroutou (soit 60 km), où se trouve, paraît-il, l’accès le plus intéressant au Parc. Mais l’état de cette route est tel qu’il nous a fallu 4 heures pour parcourir ce petit trajet, qui furent émaillées d’une multitude d’incidents... 
Embourbé depuis le petit matin, ce véhicule antédiluvion de transport en commun ne fait que s'enfoncer à chaque tentative, malgré l'aide des passagers et riverains et les matériaux divers déposés au fond du bourbier (photos prises le 07 mai 2017)
... comme le blocage causé par ce véhicule de transport en commun embourbé depuis le petit matin et incapable de se sortir de cette situation malgré l’aide des voyageurs et de gens du coin, l’ajout de divers matériaux (bois, pierres), etc. (voir photo). Le reste du parcours est de la même veine, de sorte que nous ne sommes arrivés à San Pedro que dans la nuit… et nous avions eu de la chance, car certains ponts entre Tabou et San Pedro, qui nous avaient semblés un peu « légers », voire précaires, ont été emportés par les grandes pluies survenues depuis lors. Ce qui signifie que des personnes qui souhaiteraient gagner l’accès ouest du PN de Taï au départ de San Pedro se heurteraient aussi au problème de qualité de la route, il leur faudrait une journée entière (il nous semble très risqué d’effectuer le parcours de nuit) pour rejoindre l’écolodge de Djiroutou et ne commencer leur visite que le lendemain matin. Notre conclusion est donc claire : l’état de la route rend impossible un véritable écotourisme (ou tourisme vert) dans le PN de Taï, du moins sur ses accès ouest. En effet, le seul moyen de déplacement qui permettrait d’effectuer une visite dans des temps raisonnables serait l’hélicoptère, ce qui est, dans la pratique, réservé à des militaires, des officiels, ou des gens fortunés et peu respectueux de l’environnement. C’est quelque chose que nous ne pouvons pas cautionner.
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