AAEN-CI
Action pour l'Avenir de l'Environnement Naturel - Côte d'Ivoire
Fondation indépendante à but non lucratif, laïque et apolitique 
BP 129    BINGERVILLE   Côte d'Ivoire

Quoi de 9 ? 

AVANT LA COP21 :
HALTE A L’HYPOCRISIE ET AU DOUBLE LANGAGE ! 

Annoncée comme une nouvelle grande messe des « docteurs » et « grands sorciers » au chevet d’un environnement malade et d’une planète qui s’enrhume, la Conférence des Nations Unis sur le réchauffement climatique dite « COP21 », qui doit se tenir à Paris au début décembre, a toutes les chances d’aboutir à un immense gâchis et à un nouveau monceau de piètres et fallacieuses promesses.  
 
Entre les objectifs de réduction d’émissions des uns, calculés par rapport aux pires années et non à l’instant « t », et les déclarations tonitruantes des autres, exigeant qu’il n’y ait pas d’engagement contraignant, les manœuvres visant à éluder, biaiser, voire à échapper à toute contrainte relative à l’environnement, domaine très largement subsidiaire pour les pires pollueurs et pilleurs de ressources naturelles, se déroulent au plein jour, sans aucun scrupule ni discrétion. Il y a donc toutes les « chances » pour que ce sommet planétaire accouche, comme les précédents, d’une petite souris et que le double langage a encore de beaux jours devant lui. 
Prenons donc un cas qui nous tient particulièrement à cœur. Le dioxyde de carbone (CO2), connu aussi sous le terme de gaz carbonique, est le gaz à effet de serre le plus abondant dans l’atmosphère terrestre. En matière d’environnement, c’est l’ennemi public tout désigné, bien que cela ne soit pas à proprement parler un polluant (c’est le résidu naturel des combustions et de la respiration des êtres vivants, c’est aussi le constituant des bulles du Champagne, de la bière, et même de la plus inoffensive eau minérale gazeuse). En fait, il n’est pas très toxique (seulement asphyxiant), et il y a, notamment dans l’atmosphère des villes comme Abidjan, d’importantes concentrations de produits réellement toxiques, polluants et dangereux pour l’environnement et la santé, comme ceux émanant des moteurs de véhicules mal réglés ou alimentés avec des carburants mal raffinés (oxydes de soufre, oxydes d’azote, métaux lourds et particules fines), beaucoup plus urgents à combattre que le CO2. De plus, le CO2 n’est pas, loin s’en faut, le gaz le plus nocif en matière d’effet de serre, notamment si on le compare au méthane, naturellement produit par les fermentations et la digestion des ruminants… 
 
Quoi qu’il en soit, la maîtrise du réchauffement climatique annoncé passerait, d’après les experts, par la réduction de l’émission de CO2 afin de limiter l’augmentation de la concentration de ce gaz dans l’atmosphère. Idéalement, il faudrait même en diminuer la concentration, et pas seulement l’augmentation de la concentration, mais cet objectif est clairement inaccessible. Pour maîtriser la concentration atmosphérique de CO2, deux voies se présentent. La plus connue consiste à réduire les émissions. Elle nécessite de modifier les processus qui en produisent, soit tous les systèmes qui exploitent l’énergie des carburants fossiles (moteurs à explosion, centrales thermiques, systèmes de chauffage, réacteurs d’avions, etc.) dans le sens d’un meilleur rendement (cette amélioration butera, tôt ou tard, sur des limites physiques infranchissables, la plus évidente étant le 100 % de rendement), ou de trouver des solutions alternatives exploitant les énergies dites « renouvelables », ne consommant pas de carbone (hydraulique, éolienne, solaire thermique, photovoltaïque, etc.). Cette voie est coûteuse et parfois pénalisante. Une autre voie, moins connue et moins pratiquée, consiste à absorber le CO2 contenu dans l’atmosphère et le séquestrer de diverses manières. Des procédés physico-chimiques sont à l’étude pour réaliser cela à grande échelle, ils seront sans aucun doute fort complexes et encore plus coûteux.  

A moins d'une semaine de la Conférence, l'arnaque s'organise déjà à Abidjan ("Une" de "la Tribune de l'économie" du lundi 24 novembre 2015, "empruntée" à www.abidjan.net)
Mais il existe un procédé de séquestration du CO2 qui est efficace, pratiquement gratuit, naturel, simple, non polluant, et que l’immense majorité des acteurs du business du CO2 ignore ou veut délibérément ignorer. C’est la respiration naturelle des végétaux. La photosynthèse (fonction chlorophyllienne) permet aux feuilles, sous l’action de la lumière diurne, d’absorber le CO2 et de le transformer en sucres qui serviront à fabriquer la cellulose qui constitue la matière même des plantes. Durant la journée, les plantes rejettent de l’oxygène. Dans l’obscurité, les plantes « respirent » comme nous, en absorbant de l’oxygène, rejetant du CO2 et consommant un peu de leurs réserves. 
Mais globalement, le bilan est très positif en termes d’absorption de CO2 et de production d’oxygène. Cette opération s’effectue naturellement dans le phytoplancton des océans et, sur terre, principalement dans les arbres des forêts. C’est pour cette raison que les forêts tropicales humides (principalement en Amazonie et en Afrique subtropicale), denses et « vierges », sont parfois qualifiées de « poumons de la planète ». Or ces poumons sont en grand danger !
C’est ainsi qu’un pays comme la Côte d’Ivoire va donc aller à la COP21 pour quémander des fonds afin de réduire ses émissions de CO2 alors que si son patrimoine forestier naturel bénéficiait de tous les soins qu’il mérite, il pourrait devenir un pays globalement « zéro émission », voire à « émission négative » par l’entremise de plusieurs millions d’hectares de forêt dense… Malheureusement, il n’en est rien, et le massacre des forêts ivoiriennes continue dans l’indifférence, voire la liesse générale !
« La forêt ivoirienne a connu une dégradation continue passant de 16,5 millions d'ha à l'indépendance à 12 millions d’ha en 1970, puis à 4 millions d’ha en 2000 et à seulement 2 millions ha aujourd'hui, soit moins de 13% du territoire national contre 78% à l’indépendance », a rappelé le Premier ministre ivoirien, Daniel Kablan Duncan, le lundi 16 novembre 2015, à l’ouverture des Etats Généraux de la Forêt, de la Faune et des Ressources en Eau, cité par le quotidien « L’intelligent d’Abidjan ».
Aujourd'hui encore en novembre 2015, à quelques jours de la conférence, nous constatons que des ouvertures ont été créées et aménagées pour le passage de gros engins dans deux forêts classées du Sud de la CI, celles de Dassioko et Port Gauthier, pourtant déjà fort mal en point. Que des arbres étaient abattus, prêts à être emportés. Que des norias de grumiers circulent, aussi bien sur l'axe Abidjan-Yamoussoukro que sur l'axe Abidjan-San Pedro, malgré la dégradation considérable que cela cause à ce dernier, qui, bien que refait totalement il y a à peine deux ans, est à nouveau quasiment impraticable dans sa partie Ouest. Lorsqu’elles affirment la larme à l’œil que le couvert forestier est passé de 16 millions d’hectares à 1,5 million d’hectares actuellement, elles nous trompent, car il y a nettement moins de 1 million d’hectares de vraie forêt actuellement, probablement de l’ordre de 800 000 ha (d’ailleurs, les responsables sont-ils eux-mêmes capables de fournir une statistique exacte sur la forêt alors qu’ils n’y mettent jamais les pieds ?) 
Paysage de « Forêt classée » typique entre San Pedro et Sassandra (mai 2014). Tous les ingrédients classiques sont réunis : le feu, les cultures maraîchères dans les bas-fonds (ici, du riz), des cacaoyers chétifs et surtout des troncs d’arbres morts qui balisent le tout.
Cela est intolérable. Il faut absolument arrêter ce double langage, dans lequel les autorités se lamentent et pleurnichent, disent même parfois qu'elles vont faire quelque chose, alors que rien ne se fait, que la forêt continue à être massacrée dans l'indifférence générale, voire avec la bénédiction des services théoriquement responsables de la sauvegarde et de la protection des forêts, et qu'on s'apprête à aller mendier à la COP21 en promettant de réduire le taux de CO2.
La forêt est le meilleur absorbeur de CO2. La forêt est le meilleur régulateur du climat, de la pluviométrie, des nappes phréatiques, le meilleur rempart contre la désertification qui nous guette. Il faut arrêter l'hypocrisie et instaurer d'urgence un moratoire sur l'exploitation du bois (y compris pour le chauffage et la fabrication de charbon), avec des mesures contraignantes et répressives réellement appliquées sur le terrain. Les Eaux & Forêts de Côte d’Ivoire sont une véritable armée, qu'elle se mobilise enfin pour la bonne cause et non pour le BRACONNAGE VEGETAL !   


Ceux qui détruisent des arbres vieux de plusieurs siècles comme celui-là, en mesurent-ils les conséquences et prévoient-ils quelque chose pour les remplacer ? (forêt classée de Dogodou, octobre 2013
Les sommes considérables investies par les grands « bailleurs de fonds » dans les divers projets de reboisement sont proprement scandaleuses, notamment quand on contemple ce qui reste des travaux qui auraient été effectués. Si tout le monde s’y met (au lieu de planter à tout bout de champ des hévéas dont le cours des produits chute de manière vertigineuse), on peut (re)constituer un pouvoir de séquestration du CO2 de grande ampleur, que le gouvernement pourrait négocier ultérieurement sous forme de « droits d’émission ». Il suffit d’une part d’éviter de couper, et d’autre part de planter. 
Ivoirien, ta forêt fout le camp en fumée, c’est à dire … en CO2 !!!
Ce n’est pas une affaire de milliards, UN ARBRE, CA NE COÛTE RIEN ! Il suffit de planter la graine et, dans la majorité des cas, ça pousse tout seul.Rappelons à tout hasard que nous avions proposé en 2014 un plan d’aménagement de la forêt classée de Port Gauthier (11 000 ha) et que cette proposition est restée sans suite du fait des atermoiements des décideurs. 
 
Voilà donc notre apport à la COP21. La Fondation AAEN-CI a ses projets et ses idées en la matière, elle est prête à toute contribution pour mettre en œuvre une politique de réduction des gaz à effet de serre (et éventuellement de toute forme de pollution) exploitant les caractéristiques naturelles des peuplements d’arbres originaires de la Côte d’Ivoire. Ce qui compte pour la Fondation, ce n’est pas les milliards qu’on peut glaner avec le côté le plus malsain du fonds de commerce qu’est devenu l’environnement. Ce n’est pas le nombre de coupes de Champagne ou de petits fours engloutis, de nuitées passées dans les palaces parisiens et de réunions mondaines en smoking, mais les résultats sur le terrain, en terme de nombre d’arbres plantés, ainsi que de biodiversité végétale et animale. 
Acceptera-t-on de croire que la volonté officielle affichée dans des médias serviles sera, cette fois-ci, suivie d’effets sur le terrain ? ("Unes" de « Frat’ Mat’ » des 16 et 17 novembre 2015, « empruntées » à www.abidjan .net 
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