AAEN-CI
Action pour l'Avenir de l'Environnement Naturel - Côte d'Ivoire
Fondation indépendante à but non lucratif, laïque et apolitique 
BP 129    BINGERVILLE   Côte d'Ivoire

L'ENVIRONNEMENT

Lors de nos pérégrinations dans le sud ivoirien, nous avons systématiquement constaté d’importantes dégradations de l’environnement, dues à l’activité humaine.
Elles prennent des formes multiples et ne se limitent pas au seul déboisement excessif des forêts.

Dépôts sauvages de déchets divers et d’ordures ménagères.

C’est une plaie qui atteint l’ensemble de la Côte d’Ivoire, aussi bien en milieu urbain qu’en zones rurales. La plupart des ivoiriens ne respectent pas leur environnement et jettent de manière désinvolte les objets inutiles, en particulier les mouchoirs en papier et les emballages, où qu’ils se trouvent. De plus, l’absence de filière organisée de traitement des ordures a habitué les acteurs de ce domaine à déverser un peu n’importe où leurs bennes d’immondices, créant des nuisances visuelles et olfactives, attirant une faune peu ragoûtante (rats, hérons, corbeaux, mouches, margouillats…), et instaurant un risque de maladies épidémiques, notamment liées à l’eau polluée.

Les sachets plastiques constituent un volet particulier de ce problème, car ils composent une partie importante de ces déchets. Sous l’effet des fouilles effectuées par les animaux ou par les récupérateurs, de la pluie et du vent, les sachets plastiques se séparent de la masse compacte des déchets et sont entraînés par les eaux de ruissellement. Ils s’amoncellent dans les caniveaux et autres ravines qu’ils finissent par obstruer et aggravent les risques d’inondations lors des grandes saisons de pluies.

En Côte d’Ivoire, l’environnement est profondément imprégné de plastique. 

Cette cascade de détritus colorés incluant de nombreux sachets plastiques et autres déchets non biodégradable se répandra inévitablement dans la lagune Aby dès la première pluie.
Ce dépôt sauvage d'ordures sur l'ancienne route de Bingerville  fait les délices des hérons et des corbeaux pies.

Constructions anarchiques

Les constructions à usage d’habitations ou de commerces ne font jamais l’objet d’études techniques préalables. De fait, on ne s’aperçoit habituellement que trop tard qu’il y a un problème. D’importants bâtiments ont été construits sur les caniveaux et chemins d’écoulement des eaux, sur le domaine public, provoquant des inondations spectaculaires et parfois dramatiques à chaque saison pluvieuse. Actuellement, on procède au déguerpissement des « quartiers précaires » les plus dangereux, installés à flanc de ravins, où se produisent de manière récurrente des accidents mortels à chaque saison des pluies (glissements de terrain, effondrement de maisons, irruption de torrents de boue, etc.).

Apparemment, ces erreurs du passé n’ont pas servi de leçon. La frénésie actuelle de construction de logements « sociaux » ou autres a amené à défricher sauvagement des zones un peu accidentées et à créer des lotissements dans des endroits où le bon sens inviterait à s’abstenir de toute intervention humaine. Dans de nombreux endroits ainsi défrichés, l’érosion a déjà fait son effet avant même que les constructions aient commencé.

Nous n'avons pas eu besoin d'aller chercher très loin des illustrations à notre propos. Divers emplacement prévus pour construire des logements "sociaux", ici à Bingerville, sont déjà sévèrement ravinés par les eaux de pluies et poseront inévitablement problème avant même que les travaux de gros-oeuvre aient commencé. Noter au passage (à droite), l'amoncellement de sachets plastiques usagés qui se prépare !

Erosion marine.

L’érosion marine est une affaire déjà ancienne en Côte d’Ivoire, à ce titre, on ne peut passer sous silence le cas emblématique de la vieille ville de Grand Lahou, située à l’embouchure du Bandama, qui a dû être abandonnée il y a de nombreuses décennies suite à des attaques récurrentes de l’océan en furie. Les bancs de sable voisins de l’embouchure du fleuve sont remaniés sans arrêt par les courants et le tracé des berges y est très instable.

Sans atteindre pour le moment un niveau aussi spectaculaire, le phénomène ne manque pas de toucher Grand Bassam et Port Bouët, où des tempêtes récurrentes provoquent une érosion de quelques mètres plusieurs fois par an. On impute généralement cette érosion marine à la montée du niveau des océans liée au réchauffement climatique global (hypothèse qui reste à vérifier), mais dans cette zone, l’influence prépondérante est sans doute due à des activités humaines plus tangibles comme l’ouverture du canal de Vridi (permettant aux navires de haute mer d’accéder au port d’Abidjan) ou la fermeture de l’embouchure à Grand-Bassam, qui ont modifié la dynamique des courants marins et les dépôts de sable et de sédiments entraînés par les eaux (il y a, d’ailleurs, d’autres zones qui souffrent d’ensablement).

L'érosion marine se manifeste d'une manière particulièrement spectaculaire, comme dans l'exemple emblématique de l'ancienne ville de Grand Lahou (à gauche), abandonnée depuis des lustres, ou à Grand-Bassam (à droite),  après un épisode de mer agitée.

Monoculture intensive

Les ressources agricoles constituent une partie importante et incontournable de l’économie de la Côte d’Ivoire. Le café et le cacao se cultivent habituellement dans un sous-bois clairsemé et concourent donc à un maintien partiel du couvert forestier naturel. Il n’en est pas de même des autres cultures de rente, dont deux sont une nuisance particulièrement nocive pour l’environnement : le palmier à huile et l’hévéa.

D’immenses surfaces de forêt ont été détruites pour implanter ces cultures, dont de nombreuses plantations se chiffrent en milliers d’hectares. Lorsqu’on parcourt la Côtière d’est en ouest, on ne voit, de chaque côté de la route, que ce genre de culture sur des kilomètres, qui s’étendent souvent à perte de vue de part et d’autre de la route. Quelques autres cultures du même genre entrecoupent parfois cet horizon monotone (bananiers, cocotiers…). Ces cultures sont une atteinte grave à la biodiversité. Non seulement elles entraînent la disparition des forêts, mais en plus elles engendrent des pullulations de ravageurs (par exemple les gros coléoptères Dynastidés du genre Oryctes et Augosoma centaurus en novembre dans la région de Grand Lahou), et elles engagent à l’usage irraisonné de pesticides. Par ailleurs, les usines de traitement des produits de la récolte (huileries, usines de caoutchouc), souvent implantées en limite des plantations, sont assez polluantes.

Certains planteurs tiennent parfois un discours totalement fallacieux et soutiennent qu’ils reconstituent avec leurs palmiers ou leurs hévéas, un couvert forestier pour remplacer, voire « enrichir » les « jachères » à l’abandon…. Mais ce qu’ils oublient de dire, c’est qu’ils ont eux-mêmes créé ces espaces dénudés en détruisant les forêts qui préexistaient.

La baisse des cours du latex sur le marché international ainsi que le désir de l’état ivoirien de taxer cette rente mettra peut-être un bémol à cette « fièvre de l’hévéa » qui a amené à déforester et planter d’hévéas la moindre parcelle « disponible », légitimement ou non, notamment en forêt classée. Pour l’instant, les surfaces consacrées aux pépinières d’hévéas sont effrayantes et laissent augurer d’un avenir où les ivoiriens n’auront plus que du caoutchouc à se mettre sous la dent !

La Côtière est bordée de plantations à perte de vue, qu'il s'agisse de palmiers à huile Eleis guineensis (à gauche, à proximité de Grand Lahou), ou d'hévéas (à droite, sur la route de Guitry). 

Etat de la forêt ivoirienne

Voir page suivante.

Les grandes plantations anéantissent la biodiversité et favorisent les pullulations de ravageurs, comme ici ce mâle d'Augosoma centaurus pris sur le fait un mois de novembre à Grand Lahou..